Mai 1968, quelle direction ?
Témoigner avec obstination pour différencier les ouvriers et les agriculteurs d’une Sorbonne directionnelle estudiantine qui déclare un matin, presqu’en donnant des ordres à un Comité de province venu les contacter, que « l’agriculture et la paysannerie doivent se structurer » et la même direction étudiante, quelques semaines plus tard, la veille de la reprise du travail, affirmant arrogante à l’ORTF qu’elle va se « structurer, en prenant la direction des usines ! »… Était-elle vraiment structurée cette Sorbonne pleine d’imagination au pouvoir qui bloque le possible prolongement, l’éventuelle suite en Province, dans les Départements que pouvait donner la formidable mobilisation collective que fit naître mai 1968 ?… En avait-elle une des directions, en a-t-elle seulement prise une seule de « direction des entreprises », en mai 1968 lors de la reprise du travail, après les Accords de Grenelle ?… Non !… miette !… zéro !… Aucune !… La réponse de l’État n’était plus de dialoguer et de négocier devant une telle provocation, mais de pointer ses fusils envers les ouvriers, empêchés par les CRS, d’accéder à leur outil de travail ce matin là. Lorsque cette présumée « direction des étudiants de la Sorbonne » recevait ce comité d’ouvriers et de directions politiques et syndicales de l’agriculture de petites et moyennes montagnes, venu leurs rappeler qu’ils n’avaient pas attendu mai 1968 pour se structurer et qu’ils l’étaient depuis 1947 avec la Caisse Municipale de gestion collective d’unités productives d’exploitation sans patrons ni banques privées ; l’avait-elle seulement compris ?… Parce qu’à cette époque, en mai 1968, les Sorbonnards donnaient l’impression d’ignorer complètement la manière dont était géré, en partie, le pays, dans chaque Département et dans tous les Corps de Métiers, en gestion collective de Caisses Municipales, sans patrons ni banques privées, dans des unités productives, prêts à donner une suite sur le terrain, avec les conseils d’administration des entreprises du capital patronal des banques privées qui pouvaient se réunir le jour même de la reprise du travail, à midi ou le soir à 18h, pour choisir démocratiquement, si elles voulaient rester dans la gestion du capital patronal des banques privées ou préféraient rejoindre la gestion collective en Caisse Municipale qui prévoyait une participation directe de leurs bénéfices dans les équipements collectifs et un allègement d’impôts, tandis que la vie municipale se chargeait de proposer une vie culturelle différente à leurs ouvriers avec l’accès à des foyers, des hébergements municipaux. Ils envisagèrent même, en commun, jusqu’au nucléaire – malgré la polémique que cette nouvelle énergie pouvait susciter de fièvre des cotations sur les marchés boursiers – ; d’arriver par son développement, à faire payer au capital patronal, l’électricité à tous les ouvriers qui n’auraient plus que leur abonnement à amortir, ce qui sauverait ainsi, une partie de leur pouvoir d’achat que Giscard allait bientôt pouvoir piétiner en renvoyant les comités d’ouvriers aux cagibis des vestiaires. Mais le nucléaire n’a pas été municipalisé, ni même nationalisé et passât directement sous la privatisation du parc des banques privées.
Finalement de cette incompréhension sur la conception qu’on peut avoir quant à la manière de se structurer ou de déjà l’être depuis 1947, lorsqu’on arrive en mai 1968, s’affrontent presque deux types de direction. Celle des étudiants de la Sorbonne qui préfèrent provoquer l’État en lançant le slogan « nous allons nous structurer en prenant la direction des usines » et ce monotone « la paysannerie et l’agriculture doivent se structurer », en plein hall de la Sorbonne, alors que les paysans, artisans, commerçants et petites manufactures le sont depuis 1947 et viennent tout simplement proposer leur aide en province en voulant faire voter les conseils d’administration des entreprises vers l’option de la gestion collective en Caisse Municipale. Ce passage n’a pu se réaliser par la mauvaise volonté de la direction des étudiants de la Sorbonne, conception de la soumission ou de l’insoumission, provocation ou ignorance, toujours est-il qu’un glas sonnait dans les directions politiques et syndicales des départements qui redoutaient que la même réaction policière s’étende, en protection à tout un territoire menacé. Envisager le dialogue, la négociation et le choix par les conseils d’administration des entreprises sollicitées dans les régions, ne semblait-il pas préférable ?… Tout comme ne le fut pas ensuite, le choix des soixante-huitards d’entrer en politique avec des banques privées du capital patronal, voire la même banque privée que celle du FN des Le Pen de 1972 d’extrême-droite, tournant définitivement le dos à la Caisse Municipale de gestion collective des Unités productives.
Alors comment se fait-il qu’en mai 1968 à la Sorbonne, on se retrouve avec une direction étudiante qui tourne le dos aux comités d’ouvriers et de directions politiques et syndicales des Départements et Régions du pays ?… Pour changer le monde et l’organisation du travail ?… Entre « l’agriculture et la paysannerie doivent se structurer », vanté du haut d’une tribune et le « nous allons nous structurer en prenant la direction des usines », se révèle un monde directionnel, jeune, d’étudiants qui préfèrent la provocation lancée à l’antenne de l’ORTF, la veille de la reprise du travail, au résultat concret de l’expérience renouvelable de leurs ainés sur le terrain dans les municipalités où pas mal d’entreprises envisageaient sérieusement de basculer pour la gestion collective de tous les Corps de Métiers en Caisse Municipale, sans patrons ni banques privées, le jour de la reprise du travail. Là où certaines directions de partis ou de mouvements chercheraient à briller, sans trop d’argumentaire autre que celui du capital patronal des banques privées, on passe parfois à côté d’une histoire collective. Mais après tout, était-il trop demander aux étudiants de mai 1968 de remonter à ce volet économique de Nuremberg de mars 1946 qui refuse la « Demande de monnaie unique mondiale pour un Monde de Paix » mais accepte le Droit de se structurer en gestion collective par Caisse Municipale d’unités productives sans patrons ni banque privée avec tous les corps de métiers, en contre-poids au capital patronal des banques privées qui appelait à être mieux exploité en mai 1968, non pas laissé aux mains de quelques étudiants.

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